Les chrétiens ont un symbole d’identification paradoxal : une croix.
La croix est constituée de deux poutres : une poutre verticale et une poutre horizontale.
Un instrument de grande cruauté pour la mise à mort des étrangers, des exclus. La croix résume, pour ainsi dire, la violence qui déferle dans le monde et qui est tapie en chacun de nous. L’actualité au Moyen-Orient, les conflits sanglants entre la Russie et l’Ukraine, le Pakistan et l’Afghanistan, etc., nous renvoient à cette violence rampante et irrationnelle. Nous concernant de plus près, nous sommes si souvent Caïn pour notre prochain ! La violence verbale qui s’exprime sur les réseaux sociaux, le harcèlement dès le plus jeune âge, tant d’actes d’incivilité — entre autres sur nos routes —, des retournements de veste pour des avantages personnels, des jalousies au sein de nos familles en sont certaines manifestations, telles la lave d’un volcan en irruption. Et que dire des violences et des préjugés au nom de Dieu ? Des barrières religieuses pour défendre Dieu !
Pourquoi tant de violences ? Dieu a-t-il créé le mal à côté du bien ? Est-ce une fatalité, le destin aveugle de l’humanité ? Y a-t-il dans notre ADN un « chromosome de la violence » ?
De nombreuses voix se sont élevées et s’élèvent contre les différentes formes de violence, spécialement envers les plus faibles, les enfants. Ainsi, Dostoïevski écrit : « Aucune cause, si élevée soit-elle, ne vaut les larmes d’un seul enfant innocent. »
Pour la philosophe Simone Weil : « Dieu, qui est pur amour, ne peut pas coexister avec la contrainte. Pour que la création soit libre, Dieu retire sa présence directe. Ce retrait est le premier acte d’amour. » Dans cette perspective, la violence est le résultat d’un mauvais usage de notre liberté. La violence engendrant la violence, elle se transforme en « structures de péché », pour reprendre l’expression du pape saint Jean-Paul II.
Le penseur et poète Paul Claudel nous partage sa foi en contemplant la croix du Christ : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, ni même l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »
Nous approchons ainsi de l’autre versant du paradoxe de la croix : l’instrument de cruauté, par un acte de volonté de Jésus — une liberté libérée de toute violence — devient l’instrument de la réconciliation universelle. La poutre verticale illustre la réconciliation avec Dieu par un acte de confiance totale de Jésus, librement consenti : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » La poutre horizontale illustre le pardon universel, toujours un acte de liberté totale : « Père, pardonne-leur. » Le vertical et l’horizontal se rejoignent en une personne : Jésus, le Messie, le Sauveur de l’humanité. C’est tout le paradoxe de la croix.
Certes, comme dit saint Paul aux Corinthiens : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » Mais, ajoute-t-il, « il est puissance de Dieu » pour ceux qui mettent leur confiance en Jésus. Mettrons-nous notre confiance en Jésus, plus fort que la violence et la mort ? Engagerons-nous notre liberté, personnellement et en tant que peuple, à la suite de Jésus, le Prince de la paix ? Accepterons-nous de libérer notre liberté en accueillant Jésus ressuscité, l’homme libre ?
Pour conclure ce message de Pâques, je voudrais citer un court extrait du roman de l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, intitulé La plus secrète mémoire des hommes : « Toute mon attention était retenue par un grand crucifix qui dominait le séjour. J’ai regardé Jésus… et je le voyais ainsi en croix, en pleine absorption du mal des hommes… »
Bonne fête de la libération de notre liberté de toutes les formes de violence par la puissance de l’Amour.
Bonne fête de Pâques.
+ Alain Harel